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Histoire de France





Quand j'évoquais hier sur un tout autre sujet, la formule latine : "Nemo ad alium transfere potest quam ipse habet", je reprenais en fait, une vieille antienne des juristes royaux du 14e et 15e siècle.

Le "Nemo..." en question se traduirait ainsi :

Nul ne peut transmettre à autrui plus de droit qu'il n'en a lui même.

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La formule assez générique et appliquée à l'ensemble de la population pourrait paraître frappée au coin du bon sens. En réalité elle a d'abord été destinée aux femmes et plus précisément aux femmes de rang royal.

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Ces siècles tourmentés ont en effet été marqués à un moment ou un autre par l'absence d'héritier mâle direct. Philippe IV le Bel, bien inspiré avait eu trois beaux garçons. Primogéniture oblige, c'est le petit mâle aîné (et lui seul alors) qui doit grimper sur le trône : il s'appelle alors Louis X dit le Hutin (rien à voir avec un lutin ni avec un mutin encore moins avec un mâtin de Naples ou d'ailleurs, plus prosaïquement, cela doit signifier : le
querelleur) et est surtout connu par les fan de Prévert (cf. Parole). Il règne deux ans à peine, et entre les incartades de Marguerite, sa première femme qui passe son temps à le cocufier, son remariage avec une charmante et insatiable Hongroise, prénommée Clémence et tout ces soucis propres à tous les rois, il a pas vraiment le temps de s'occuper de sa succession.

De son premier mariage, il a bien une fille, Jeanne mais pas de descendant mâle. D'ores et déjà les juristes éliminent Jeanne du droit à la succession.

Entre temps, Louis X casse sa pipe et son frangin Philippe V le Long (Eh eh va-t-en savoir pourquoi) intrigue pour grimper à son tour sur le trône. Problème, car entre-temps, la bonne Clémence de Hongrie est enceinte d'un petit Jean.

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Philippe intrigue suffisamment pour devenir régent et il se débrouille assez bien pour que le petit Jean (dit Jean Ier) ne lui fasse pas trop d'ombre. C'est chose faite cinq jours plus tard, le nourrisson royal, s'en va rejoindre le paradis des anges.

Philippe V grimpe à son tour sur le trône dans le courant de l'année 1316, mais en type soucieux des apparences, il convoque l'année suivante une assemblée de légiste pour tordre une fois pour toute le cou à ces histoires de primogénitures mâles. Surtout, avec sa femme, <st1:personname w:st="on" productid="la Jeanne">la Jeanne</st1:personname> de Bourgogne, il n'a que des filles et il aimerait éventuellement transmettre son patrimoine à l'une d'entre elle.

Mais, les légistes royaux ne l'entendent pas de cette oreille. L'année suivante, en 1317, ils confirment bel et bien les droits de Philippe au trône mais en usant d'une formule sibylline et à double tranchant : le royaume ne saurait tomber de lance en quenouille...

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Ce qui signifie ?

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La lance, tout le monde voit ce que c'est. C'est à l'époque l'attribut viril du mâle chevalier, prêt à en découdre contre godons et Sarazins. La quenouille, on sait généralement moins bien ce que cela signifie : c'est le petit bâton qui sur un métier à tisser sert aux fileuses pour enrouler les fibres textiles. Bref, un attribut féminin par excellence. La formule traduite signifie donc : l'héritage du trône ne peut être transmis aux femmes.

Les filles de Philippe ne peuvent devenir Reine de France. De rage Philippe V se venge en persécutant les Juifs et les lépreux. Mais, en 1322 quand il se mange la couronne par la racine, s'est tout naturellement son frère Charles IV (surnommé comme son papa le Bel) qui grimpe sur le trône. Et puisque comme ses frangins ce roi maudit n'aura que des filles, le principe de la primogéniture mâle ne devient alors plus intangible dans le royaume de France même s'il demeure le principe.

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Ce qui fait qu'à sa mort en 1326, c'est le l'héritier mâle le plus proche en ligne directe, Philippe VI de Valois qui grimpe à son tour sur le trône. Adios les Capétiens directs !

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Bon l'histoire pourrait se terminer là, ce beau matin de l'an de grâce 1326 mais facétieuse, elle rebondit près de cent ans plus tard.

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Plus précisément en 1419, calamiti, calamitos sous le règne du dénommé Charles VI. Charles VI avait plutôt bien commencé son boulot une trentaine d'année plus tôt au point que la populace, bien disposée à son égard, le surnommait le Bien-Aimé. Mais, en 1419, les choses ont quelque peu changé. D'abord, les Anglais ravagent le pays, mangent nos femmes et violent nos moutons, ensuite, notre Bien-Aimé monarque a, en quelques années, connu quelques sautes d'humeur. Pour parler clairement, il est un peu guedin, genre même totalement psychotique, tendance maniaco-dépressif en stade avancé. A cela s'ajoute une obscure querelle de cépage entre Armagnacs et Bourguignons. Les premiers ne jurent que par leur sirupeuse appellation quand les second, plus tannique, sont persuadés de posséder le meilleur breuvage du monde. Bref, c'est la guerre civile en France.

Comme si cela ne suffisait pas, y a toujours un fourbe Rosbif pour causer du tort aux grenouilles. Ce Ganelon, c'est Henry V, roi d'Angleterre qui trouve rien de mieux qu'à intriguer, et face à la faiblesse ne notre bon roi, à lui ravir sa fille, Catherine de France
avec laquelle il convole en injuste noce avant de lui coller un moutard prénommé tout simplement Henry (ils ne sont pas plus originaux que les Français, les Anglais, pour trouver des prénoms).

Non content d'occuper le royaume de France et de conspirer avec les Bourguignons, Henry V convoque une assemblée de juristes lèche-botte qui déchoient le fils du guedin et dauphin légitime (le futur Charles VII) de toute prétention au royaume de France et qui déterminent qu'Henry VI (en tant que petit-fils du Roi de France, Charles VI par sa mère et fils du roi d'Angleterre, Henry V) deviendra à la mort des deux rois, (ce qui arrive en 1422) l'unique King de France et d'Angleterre. Tollé dans les bonnes maisonnées de notre cher
royaume où le régime alimentaire anglais n'est pas des plus apprécié.

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La suite est mieux connue. Allié aux Armagnacs, le petit roi de Bourges (Charles VII) reprend du poil de la bête. Une petite et vierge bergère de Domrémy en Lorraine vient un jour de printemps le retrouver à Bourges. La petitote sait trouver les mots et insuffler suffisamment d'entrain aux armées de France qui en quelques années boutent l'Anglais hors de nos frontières et font rentrer le Bourguignon dans le rang. Charles VII le Victorieux est enfin roi de France de plein droit. Mais, soucieux autant de légalité que d'apparence, il convoque une assemblée d'excellents juristes pour faire un sort définitif aux
prétentions des buveurs de thé.

Les juristes se penchent sur la question de succession et c'est à cet époque qu'ils trouvent la fameuse formule : nemo ad alium transfere potest quam ipse habet.

Pour ôter à Henry VI toute envie de revenir en France, ils lui dénient les droits par où il a pêché : sa mère, Catherine de France. Certes, Henry VI, est petit-fils de Roi de France mais en vertu de la jurisprudence 1317 (lance et quenouille), les femmes n'ont aucun droit en termes de succession. Or, Catherine de France est une femme et, à ce titre, elle n'a
aucun droit. Et si elle n'a aucun droit, elle ne peut transmettre à autrui (son fils Henry VI), plus de droit (aucun) qu'elle n'en a elle-même. Zoum Georgette, tu peux aller te rhabiller !

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Je ne peux décidément pas m'empêcher de penser que cette jurisprudence d'abord destinée aux femmes de sang royal a pesé ensuite sur le sort de leurs coreligionnaires de condition vulgaire. L'exemple vient d'en Haut. Et en haut, dès le XIVe siècle, les femmes étaient déjà quantité négligeable, en France. En Angleterre où des femmes ont très tôt régné, la reconnaissance des droits juridiques et politiques a ainsi été plus rapide qu'en France.

Photo : Le Coati


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