36 ° C. Grosses gouttes sur la ville. Avant de fermer la porte du studio, Oswald Bongo jette un ultime regard à la fille attachée sur le lit. Il lui lance une dernière phrase : « Eh Mélusine fait moi un sourire, t'as le make-up qui dégouline. » Elle ne va plus très fort. Ses bras lacérés tremblent convulsivement.
Oswald, ça le ferait plutôt marrer, cette absence de tonus. Bon mais trêve de marrevadage. Il descend la cage d'escalier, jette un oeil dehors ; à droite, à gauche. Tout va bien ! Pas un aristochat sur <st1:personname w:st="on" productid="la Troisième Avenue.">la Troisième Avenue.</st1:personname> A peine trois ou quatre ratons laveurs qui s'évertuent à éventrer les bacs-détritus, achevant de répandre de la merde dans cette ville qui n'en manque pourtant pas. Oswald Bongo se faufile dans la rue, passe à côté du Banana-Republic Café, descend Jefferson Street, en direction de Potomac River. C'est un gros Afro-wasp d'une cinquantaine d'années. Il est cintré dans un costume gris anthracite
qui flotte sur ses côtes. Le costume commence à se consteller de gouttes. La pluie est grasse et chaude. Cette année, la chaleur moite a pris de l'avance. Oswald déteste suer. Il n'a pas les pores adaptés. Chaque fois qu'il sue ça lui colle des rougeurs. Foutue pollution
atmosphérique. Saloperie de ville pouillasse. Bordel ambiant poucrave... Merde, faut qu'il arrête d'y penser, demain, il sera à Santa Barbara, sur les bords de <st1:personname w:st="on" productid="la Grande Bleue">la Grande Bleue</st1:personname> avec sa femme Thelma, sa fille Jessie et le Petit William.
<o:p> Une Onomatopée hurlée
</o:p>
A deux cent mètres, Oswald aperçoit une bande de Kunjes panaméens qui insultent en Slang. Une Mama latinas reçoit les quolibets. Elle a le ventre gros des entreprises de son boudard. Machinalement, Oswald resserre sa main autours de la poignée de l'attaché-cuisse. Pour plus de sécurité, une petite menotte relie l'homme à la valise. Les Kunjes s'acharnent sur la mater en pleine crise dolorosa. Pas rassuré pour sa trogne, Oswald sort son Radio-Trakin de la poche de sa veste. Il appuie sur le Digital-Liseur d'alerte. Une sirène semblable à celle des Cop-machine retentit. Les Kunjes et les ratons laveurs se carapatent vers <st1:personname w:st="on" productid="la Ville-Haute.">la Ville-Haute.</st1:personname> <o:p />
Oswald range le Trakin dans sa veste. <o:p />
"Deos Gratias... Sior gentleman, sans vot Trakin j'allais passer mauvais quart d'heure."<o:p />N'empêche, on dira ce qu'on voudra mais c'est encore un des rares endroits où on trouve encore de la marchandise de qualité et pour pas cher. De bonnes petites esclaves tailladables et corvéables à merci. Avec ça, pas de danger que la marchandise aille se la plaindre larmoyante, genre M'sieur le cop, y a un web-buy qui m'a louchebaillé. A cause de la mauvaise réputation de la ville, les tapineuses du District Vagin'town sont classées à 1 contre cent sur l'échelle Healthquality de l'Intersex. Les plaintes des tapineuses du District ne sont jamais suivies d'enquête.<o:p />
Oswald Bongo est parvenu à proximité des rives du Potomac. Sur les pilotis de l'ancien port, les Fast-food néo-cajun ont fleuri anarchiquement. La pluie ruisselle le long de leur mauvaise gouttière. Tout est fermé ce soir, à cause du vilain temps. L'orage va éclater, pas de doute. Les ratons laveurs se sont regroupés à quelques encablures des gargotes.
Ils espèrent quelques restes de poissons. Poor racoon !, songe Oswald, ce soir, ça va être la diète. Oswald Bongo progresse sur l'avant-pont en piloti. Les ratons laveurs le dévisagent bizarrement, hésitants entre la sieste ou la fuite. Oswald s'assoit sur le rebord du pont à côté d'une cabane peinte en rouge avec un toit en tôle verte. Il a l'humeur rêveuse. Il repense à la fille d'avant-hier à Baltimore. Une chiquita de dix-sept piges au visage de porcelaine plombé par des yeux cendrés. Belle môme, toute tremblante, toute fragile. Ils se sont bien amusés avec Dermought. Peut-être qu'ils avaient un peu abusé de l'Invinos, parce qu'ils étaient pire que des mômes. Ils lui ont éventré les polochons, assaisonné la moquette, et même tagué les murs. Quelle soirée fendarde ! Dermought, il a même écrit ses initiales en grand à la bombe fluorescente : D.H.L. pour Dermought Helvin, le roi de la pine.
Lui, Oswald, il s'est appliqué à marquer son territoire, comme un chien qui pisse. Un petit mot pour Thelma, un conseil pour Jessie et même un proverbe pour le petit William. La fille a commencé à jouer les hystériques, il a fallu la calmer promptement. A la longue, c'est chiant, ces petites putes.<o:p />
Habituellement il est excellent diplomate. En tant que Web-Médiateur, Maître-Liquidateur pour le compte du World Funeral Center, son job le prédispose à la négociation. La partie va être serrée, mais il doit pouvoir faire entendre raison à la fripouille qui l'a terrassé. Avec un peu d'argent à la clef, on peut presque tout. Demain, il ira se faire réparer les yeux dans la clinique mère de l'Health-Center à Pacific Palissade. Oswald aspire un grand souffle d'air, il tente de prendre une voix décontractée :<o:p />
- Close ton outre, salopardi ! Close-là... Jamais plous tu prononces le
mot poute pour parler de ma Boticelli ! Panimaïch ? Tou fais semblant
de pas m'imprimer ou tu te fous ma goule ? Tu veux que ja
recapitulationne, Ass-tronso ? Baltimore avant-hier o soir. Le home
pire qu'oune porcherie. Broulûre de garettes sour tout son ventral.
Tranchade de bouteilles sour ses lolos. Griffures sour sa face de
loune. Des sanguines plein la jambe. C'est pas véritas ? Et la poche
bleue dans l'eye droit ? Et l'immonde déchiroure da son Ass-Jopa ?
C'est de l'inventif, sombrissîme salope ? Ma ja va te dire la pire
inhumanitas, nazible criminale... Vous avez causé des fontaines à ma
Loune. Depuis trois cimes, elle dort plus ma merveille, elle a rien que
des alices qui lui coulent sur les astres. T'y as pas songassié à son
impossible dolor, mon silure ? Nenni por tua c'était jouste une petite
poute de tapineuse. <o:p />
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Enfin, Oswald a crié : <o:p />" Il s'appelle D.H.L., D.H.L, pour le reste je sais pas..."<o:p />
Presque heureux, le faux séminole s'est accroupi. Il a roulé une cigarette. Il a fumé, longuement en hommage à la paix qu'il essaye de retrouver. L'autre s'époumone toujours, alors, l'Uccisore a sorti de ses paraboots montantes coquées, un mignon poignard Kobun incurvé de <st1:metricconverter w:st="on" productid="230 mm">230 mm</st1:metricconverter> de lame longue pour <st1:metricconverter w:st="on" productid="4 mm">4 mm</st1:metricconverter> d'épaisseur. Un couteau japonais dans les mains d'un indien, voilà qui pourrait surprendre. Seulement l'indien se fournit chez un dealer nipponisant. Et rapport à ce qu'il vend, l'homme est plutôt du genre chauvin. L'important, c'est que ce couteau coupe mieux qu'un rasoir. L'Uccisore a commencé par l'appliquer doucement à la base de l'index droit de Bongo, puis il a pressé délicatement sur la lame. Bongo n'a rien senti. Il a juste pensé que ça main était moite. Avec dextérité, l'Indien a pourtant recueilli le doigt pour le placer dans une petite gourde de caoutchouc remplie de glace puis il a rangé la gourde dans le sac qu'il porte toujours en bandoulière. Ensuite, il a fouillé dans la poche de la veste anthracite de Bongo. Il a trouvé le
pistolet Vektor, l'a contemplé quelques secondes, vraiment fasciné par sa finition. Emoustillé, froid, sans fermer les yeux il l'a posé à vingt centimètre du crâne d'Oswald Bongo et il a pressé calmement sur la détente. Deux fois. Oswald Bongo n'a pas eu le temps de crier le nom de sa femme Thelma, mais il a pensé à le faire. <o:p />
KARPOV ! KARPOV ! <o:p />
Sa caboche ressemblait maintenant à un récipient en pâte à modeler. <o:p />
L'Uccisore a tressailli.<o:p />
Oui ma Loune, c'est Juan-Barnabé. Tu supportes bien les lacrymales ma madone ? Alors, J'a une jolie légende à te conter. Openne les esgourdes, ma Joconde, tu sauras fier de l'Hombre. J'a retrouvé touam Bongo sur Potomac River... Non, c'était traque facile... Oui, ja l'a glingouillé. Maintenant, ja vas tout faire pour répertoriez l'autre dingo. Y me faut encore son jobname. L'affaire d'oune settimana. Fais pas de bêtises lo week-end. Après, promesse, promesse, ja t'effacerais de l'Intersex. A te revoir, bel ange. Plein de papouilles, ja te coule une baveuse.<o:p /> Alors "l'Indien" Juan-Barnabé a balancé le Trakin et le couteau Kobun dans l'eau glauque. Il s'est penché sur le fleuve, quelques secondes, pour se laver le visage avant de s'enfuir vers le nord. Dans le ciel, des éclairs sont apparus, menaçant de foudroyer toute l'Amérique libre. Pas un aristochat dans les rues du district. Une pluie battante est tombée sur Washington achevant de laver la ville de ses miasmes. Les ratons laveurs ont attendu que l'orage passe, puis, intrépides, ils sont venus dévorer le visage d'Oswald Bongo. Ce soir, il n'était pas écrit que ce serait carême. Dans un instant en termes de sanguines, ce serait même Bongo-river.
A suivre...
Textes : Wlad Coati
Photo : Mitsuaki Iwago