... que les gambettes ça court toutes les rues. On sait toujours ce
qu'il nous manque à la fin d'une blague Carambar. On subodore désormais
qu'il y aura un jour des choses à retrancher d'une vie peu remplie...
Une légende ne se construit pas sur la légende...
On sait bien
sûr que c'est chiant d'adopter un chat. Des fois, parfois, on aimerait
bien faire oeuvre d'exception, lancer à la cantonnade : "je suis le
maître d'une genette, d'un ratel, d'un suricate, d'un echidnée, d'une
loutre... Et oui ma bonne dame, Dieu merci, ils se portent assez bien
chez moi. Y m'mangent toutes les boites de pâté et pas bégueules
supportent même un mauvais Kit-Kat"...
Mais on a un chat.
Un
chat exigeant, vantard, langoureux. Une crême qui jamais ne vous fiche
la paix. Un ronron, tendance, insupportable dragouilleur des litières,
un genre de gris Chachlik toujourd prêt à vous pondre une séquence
dégouline.
Et que je te tendresse les genoux... Et que je te papouille la tête... Et que je te sustente les esgourdes.
Oui on a un chat.
On a même plus que ça en rentrant le soir chez soi.
Un chat, c'est gai... C'est triste.
La vérité : on crêve de solitude avec un chat.
Et on aimerait bien arrêter de crever.
Se
remettre dare-dare à aimer les gambettes et puis remonter vers un
buste, découvir une chute, s'arrêter sur une nuque, libérer les
gudules, majorer l'extra-balle... Aimer comme en 14. Admirer Epire,
rêver de Scipion, ne pas plaindre Hannibal et oublier les jardins
d'Hamilcar. Plus rien à Mégarée, Salambo s'est tricée. On aimerait se
plaindre de ses mauvaises manières. On aimerait masser ses cuisses de
Déméter. On aimerait, à terre, s'agenouiller, parler, pleurer, rire,
même n'avoir rien à dire. On aimerait serrer, lover, rassurer,
s'enfoncer. On aimerait...
Mais on a un chat.
On a même plus que ça en rentrant chez soi.
Photo : (vue au sol d'un bar à Beyrouth) : Chachlik Los Desirio