Quand sautent les fusibles, c'est la nuit... Nuit noire et, on se dit, c'est pas grave, demain, la lumière va se rallumer, Vénus va téléporter son éclipse ; d'autant qu'on en a juste besoin de lumière à l'instant de se coucher.
Bien sûr !
Mais quand sautent les fusibles, on s'est réveillé. C'est matin et le disjoncteur n'a pas été remis à sa place ; alors le réveil se dérègle avec la sauterie. Le téléphone ne sonne plus. L'absence de chauffage nous désempare autant que Neandertal sans son feu. Et là si c'est un drame !
Quand sautent les fusibles, on ne se lève pas à l'heure, on appelle plus la femme qu'on aime, le pain ne grille pas dans le grille-pain, la radio meurt en silence... Dans les toilettes, il fait si froid qu'on en pisse de traviole.
Quand sautent les fusibles, l'homme est nerveux, seul, prêt à se rendre. Mais il persiste et de sa persistance naît le malheur.
Quand sautent les fusibles, la conscience devient sarcophage, le cerveau accepte le désordre ambiant. Pire, il en finit par juger la folie attirante, électrique.
Quand sautent les fusibles, il est presque trop tard... Non, rectifions, il est déjà trop tard. L'ennui, c'est qu'à l'actif de l'ego, on ne s'est rendu compte de rien.
Ego te absolvo... Reciescat in Pace
Photo (quartier Achrafieh, Beyrouth, immeuble détruit) : Le Coati