Sur la Moscova, il y avait deux bateaux-maison, deux bateaux ronchons. Deux bateaux tristes, deux bateaux ivres.
Deux bateaux peuplés par deux familles de marins, deux solides gaillards mais un poil dans la main. Oleg et Micha Mariés à Olga et Micheg. Les enfants Piotr et Vassili. Sacha et Verouchka.
Sur la Moscova, il y avait deux bateaux-maison, deux bateaux-tripot. Oleg et Micha, un poil dans la main, festoient comme quarante avec quelques Drouk et Drouzia... En vrai pendables soudards et diévoutcka des bas-fonds. Le Samagon descend dans les gosiers. Les cartes battent le rappel. Les roubles passent de mains en mains. Les hommes bouteilles s'enhardissent. On descend des cadavres. Et d'un bateau à l'autre, jusqu'au bout de la nuit, on tue le temps qui menace. Puis vient l'aube. Et Aux squelettes des dernières boutanches qui s'épanchent répond le sec vomissement des gosiers qui rendent gorge.
Sur la Moscova, il y a alors deux bateaux-maison, deux bateaux-poubelles. Deux bateaux pompe, deux bateaux-lavoirs.
Quand, les hommes se couchent, les femmes se lèvent pour faire manger les enfants. Et c'est chaque jour même calvaire, chaque jour même enfer. Les odeurs impossibles de fumée et de sueur. Les immondices répandues sur le sol, les fauteuils éventrés, les tables maculées... Alors, les femmes s'affairent. Elles récurent, elles nettoient. Entre le balai et la serpillière, elles préparent le déjeuner, répondent aux questions des enfants, les engagent à filer, vite, en retard pour l'école. Quelques heures plus tard les deux bateaux seront comme neufs, prêt à accueillir Drouk et Drouzia, prêt pour les nouvelles orgies d'Oleg et Micha. Pas question pour Olga et Micheg d'émettre un doute, une rébellion. Elles s'y sont essayées et leur visage portent encore la trace des réponses. Comme ça, les doutes sont levés.
Sur la Moscova, il y avait deux bateaux-maison, deux bateaux-prison...
Texte et photo : Le Coati